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QUESTION 857

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Bonjour,
Je suis âgée de 33 ans, et j'ai deux enfants. J'ai une question pour laquelle
je n'ai pas trouvé de réponse. Voici mon cas, il ya quelques semaines au
réveil, j'ai constaté que mon pouce était enflé rouge, douloureux au niveau de
l'articulation du milieu et que je ne pouvais plus le plier. Il est revenu
normal au bout de 2 jours. Quelques jours après j'ai eu mal dans le milieu du dos,
et à l'arrière des cuisses, surtout la nuit et je suais beaucoup. Ensuite
deux-trois matin je me suis réveillée avec les doigts de la main "boudinés
et engourdis". Tous ses symptômes se sont suivis sur une quinzaine de
jours, mais ils n'ont pas eu lieu en même temps. Il ya 8 ans j'avais déjà eu
des douleurs à des articulations des pieds et des mains, mais jamais plus d'une
à la fois. J'ai décidé d'aller voir mon médecin, qui m'a prescrit une prise de
sang. Voici les résultats: VS et CRP normales mais FR type Waaler Rose positif
46 pour un seuil de 30, type latex 35 pour un seuil de 20 et surtout anti-CCP 4
pour un seuil de 3. Quand je suis retournée chez mon médecin vu que presque
tous mes symptôme avaient cessés (sauf une douleur au poignet) il a voulu en
rester là car pour lui bien que positif les facteurs biologiques ne sont pas
significatifs car "pas trop élevés". Moi je ne comprends pas positif
c'est positif non peu importe le degré? Voici mes questions. Si on a peu de
signes cliniques (ou plus) mais des facteurs biologiques positifs cela
peut-être une PR quand même? Je veux dire par là peut-on avoir un tel bilan
biologique sans jamais être atteint de PR ? Si on ne peut pas encore parler de
PR cela présage-t elle qu'elle va se déclarer avec les années ? En attendant
que faut-il faire? On traite en prévention? Ou au vu de la lourdeur des
traitements on attend que ce soit plus sérieux au niveau clinique Je
tiens à préciser que ma grand-mère paternelle, la tante de mon père et mon père
lui même sont ou ont été atteints de PR. J'attends avec impatience votre
réponse parce qu'avec un tel bilan biologique et au vu de ce que j'ai lu j'ai
l'impression qu'il est évident que je souffre d'une PR déjà installée ou en
devenir.
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Sur ce site, de très nombreuses questions témoignent
de la difficulté du diagnostic de polyarthrite rhumatoïde. Dans votre cas
particulier, l’anamnèse familiale que vous citez justifie vos inquiétudes. Mais comment arriver à un diagnostic de
certitude, à notre avis
indispensable avant de mettre en route un traitement aggressif ?
A notre avis de rhumatologue clinicien, nous estimons
que ce diagnostic de certitude de dépend pas, en première ligne, des tests de
laboratoire. Pour notre part, nous mettrions au premier plan l’anamnèse, le status clinique et l’imagerie.
- Anamnèse.- La polyarthrite ne
se manifeste pas par des monoarthrites : vous décrivez par exemple une
rougeur et une enflure localisées à un pouce, puis à une autre place,
« jamais plus d’une à la fois ». Il n’y a pas d’intervalles prolongés
entre ces poussées (« il y a 8 ans déjà »). Les douleurs du dos et de
l’arrière des cuisses ne peuvent pas être attribuées à ce diagnostic. Dans le
cas de la polyarthrite, les plaintes douloureuses et les manifestations inflammatoires
ont l’habitude de se concentrer sur certaines articulations :
articulations métacarpo-phalangiennes II et III, articulations
interphalangiennes proximales des doigts, articulations des poignets. Au membre
inférieur, on pourra retrouver des symptomes douloureux au niveau de certaines
métatarso-phalangiennes, ainsi qu’au niveau de la cheville.
- Status
clinique.- Il appartient maintenant au rhumatologue d’observer et de palper les
articulations visées, pour rechercher une douleur
provoquée (par exemple avec une
compression latérale des métacarpo-phalangiennes, comme lors du serrrement de
mains, ou avec une compression identique des métatarso-phalangiennes aux
pieds). L’examen pourra mettre en évidence un épaississement de la membrane synoviale ou un épanchement, ou encore une téno-synovite,
c’est-à-dire une inflammation des gaînes tendineuses. Ces constatations
cliniques représentent des arguments de valeur pour l’établissement du
diagnostic.
- Imagerie.- Les
radiographies n’apportent souvent
que tardivement des arguments valables. Par contre, si l’examen
clinique est parlant, des techniques telles que l’IRM ou l’examen
ultrasonographique des mains peuvent apporter une confirmation.
- Laboratoire.- Il serait faux de penser que les données de laboratoire puissent résoudre
toutes les difficultés d’un tel diagnostic. La polyarthrite rhumatoïde est bien
une maladie inflammatoire, mais on peut voir cette maladie évoluer avec une
vitesse de sédimentation et une C-Réactive-Protéine normales. Autrement dit,
des tests inflammatoires normaux n’excluent pas ce diagnostic.
Parmi les tests dits spécifiques de cette maladie, le
Waaler-Rose est déjà ancien et délaissé. Le test au latex est plus récent, mais
il est aussi discutable : ce test est positif dans près de 10% de la
population. D’autre part il y a des polyarthrites dites séronégatives, qui évolueront
sans que ce test se positive. Enfin, pour tous ces tests, il est difficile de
déterminer le seuil de positivité.
Le test de détermination des anticorps anti-CCP est beaucoup plus récent et il a fondé de grands
espoirs. Il existe plusieurs types d’examen : anti-.CCP 1, anti-CCP 2,
anticorps antivimentine citrullinée… C’est vraisemblablement le test anti-CCP 2
qui a été réalisé dans votre cas. Mais là aussi, il faut tenir compte du seuil
de signification, ou seuil de positivité, qui varie de façon très importante
d’un laboratoire ou d’un pays à l’autre.
A ce propos, il faut savoir que ce test anti-CCP peut
être positif dans certains cas de psoriasis et également chez les patients
tabagiques.
En conclusion, l’anamnèse personnelle que vous nous apportez et les
résultats de laboratoire ne nous ont pas
convaincu de ce diagnostic de polyarthrite. Si l’examen clinique spécialisé
n’apporte pas d’arguments suffisants, il serait donc justifié de recourir à
l’une ou l’autre de ces techniques d’imagerie. |
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Bonjour docteur.
Je suis déjà venue chercher des renseignements auprès de vous à
la question 857 et je voulais vous remercier pour le temps que vous avez
consacré et la précision de votre réponse. Ce soir, je viens vous informer de la
suite des évènements. J'ai rencontré un rumathologue qui m'a examiné et qui n'a
rien décelé au niveau clinique. Au vu de mes résultats biologiques, il m'a
prescrit des IRM (mains-rachis) et une radio des pieds ainsi que la recherche du
gène de la spondylarthrite. Ce test est négatif et je viens de recevoir les
résultats de l'IRM et de la radio, qui n'ont rien décelé d'anormal. Par contre,
vu mes antécédents familiaux et mes résultats sanguins, le rumathologue m'a dit qu'il
fallait me surveiller de très près et j'ai lu différentes recherches médicales
qui précisent que les FR et les anti CCP ainsi que des facteurs familliaux
prédisaient à 100% une PR "érosive"dans les années à venir. Qu'en pensez-vous?
est-ce qu'en l'état actuel des choses, l'on peut peut affirmer cela avec
certitude ? dans ce cas, y a-t-il des choses à faire en prévention ou faut-il
attendre les premiers symptômes. J'ai eu le feu vert du rumathologue pour mettre en
route un 3eme enfant et je suis effectivement enceinte car je suis décidée à
vivre normalement malgré le fait que la grossesse pourrait déclencher la PR
(enfin de ce que j'ai compris). Est-il vrai qu'il faut éviter d'allaiter pour
éviter de déclencher la maladie ? Je précise, pour répondre à votre dernier
message, que je ne fume pas et que depuis le mois de mai où je vous ai écrit, je
n'ai plus eu de problèmes d'articulations. Merci d'avance pour vos réponses et
votre disponibilité
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En reprenant votre dossier de juin 2010, et en le
complétant par les renseignements que vous nous donnez aujourd’hui, nous
essayons de répondre à vos interrogations :
- Votre rhumatologue n’a rien décelé au niveau clinique. Les radiographies et l’IRM n’ont
rien décelé d’anormal. Et surtout, depuis le mois de mai, vous n’avez plus eu de problèmes d’articulations. Mais alors, vos inquiétudes se
basent apparemment sur l’anamnèse
familiale (trois cas de polyarthrite du côté de votre père) et sur les
résultats (discutables) de la recherche du facteur
rhumatoïde et des anti-CCP.
- Certes, il existe une certaine « aggrégation
familiale » dans cette maladie assez fréquente (environ 1% de la population),
mais il serait erroné d’écrire (comme
vous l’avez lu) que ce facteur familial,
et les anti-CCP, prédisent à 100% une PR érosive dans les années à venir !
- L’interprétation des résultats de laboratoire doit
être prudente. L’évaluation du facteur rhumatoïde (latex et Waaler-Rose) est
difficile, elle dépend du laboratoire et de la technique utilisée. Vous ne nous
avez donné qu’un résultat, avec des chiffres proches du seuil de positivité.
Quoi qu’il en soit, il serait
présomptueux de baser le diagnostic sur ce seul examen, alors qu’il n’y a ni symptomes cliniques, ni
imagerie pathologique. A-t-on fait d’autres examens dans un autre
laboratoire ? La priorité doit
revenir à l’examen clinique du spécialiste.
- Il n’y a pas de traitement préventif à introduire.
- Il est exact que l’état de grossesse
« protège » contre les manifestations inflammatoires de la
polyarthrite. Mais il est exact aussi que la polyarthrite peut faire ses premières
manifestations dans les mois qui suivent l’accouchement, mais ça ne veut pas
dire que la grossesse « déclenche » la maladie.
- Je n’ai jamais lu, ni entendu que l’allaitement
puisse provoquer la maladie !
Nous restons à votre disposition. |
Votre
témoignage
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